Clémence Le Prévost Petit
Gestalt Praticienne

De la violence dans le monde à la violence en soi

Il y a quelques jours, j’ai reçu le message d’un ami brésilien. Il me
parlait entre autres choses de la situation au Brésil. Je pouvais sentir la
tristesse dans sa voix. Il me disait que le Brésil est en train de basculer
dans le fascisme et que le processus électoral autour de ce candidat,
Bolsonaro, a déjà libéré beaucoup de violence. Je ne sais pas si vous
connaissez un peu le Brésil et son histoire, mais c’est un pays qui lutte de
longue date contre la violence, comme d’autres pays d’Amérique Latine, et
l’élection de ce président entrainera une régression importante et très
regrettable. Il semblerait, entre autres réformes, que le port d’armes sera
légalisé. Certaines professions comme celle de mon ami qui est artiste et qui
peint des muraux seront probablement interdites.

Entendre la voix de mon ami m’expliquant tout cela m’a beaucoup touchée. La
violence, le fascisme, la dictature, ce n’est pas quelque chose qui n’arrive
qu’aux autres, dans de lointaines contrées. Ici en France, en Suisse, ou dans
d’autres pays de l’union européenne, nous sommes très protégé.e.s d’une
certaine manière. Nous avons aujourd’hui la chance de vivre dans des pays en
paix. De ne pas vivre la guerre sur notre territoire. Nous avons la chance de
pouvoir sortir de chez nous sans risquer notre vie. De pouvoir exprimer nos
opinions sans risque. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné une nation
entière bascule dans la violence ? Bien sûr, il y a des raisons géopolitiques,
mais surtout il y a en nous la possibilité de la violence. C’est parce que les
personnes, vous et moi inclu.e.s, sont porteuses de violence, de manière infime
ou plus développée, que la violence peut prendre ces proportions et se
déchaîner. Nous aurions tort de nous croire protégé.e.s. La violence existe en
nous, dans nos familles, dans nos relations et dans nos états. Comment faire
alors pour arrêter le cycle de la violence ?

Je crois vraiment qu’il faut commencer par soi, par regarder à l’intérieur
de soi. Où se trouve la violence en nous ? Quelles formes prend-elle ?
Qu’est-ce qui la fait émerger, quelles émotions : la peur; la frustration, la
colère, la souffrance ? Et lesquels de nos besoins essentiels ne sont pas
satisfaits en lien avec l’émergence de ces émotions : la reconnaissance,
l’amour ? Nous avons chacun.e dans nos vie la responsabilité de considérer la
violence à laquelle nous prenons part. En faisant ce travail de reconnaissance,
nous pourrons apaiser la violence en nous, désamorcer cet élan qui peut nous
traverser de vouloir anéantir l’autre pour exister, pour nous protéger, pour
arrêter la douleur, faire cesser la souffrance. En nous occupant de notre
propre violence, nous contribuons à transformer le monde. Nous avons la
responsabilité de faire cesser la violence en nous et autour de nous. Nous
pouvons rester assis impuissant.e.s devant les informations, nous pouvons nous
boucher les oreilles pour ne pas entendre la voisine frapper son fils, ou notre
compagnon nous hurler dessus, ou nous pouvons prendre la décision de regarder
ce qui en nous et dans nos vies est violence et ouvre la porte à davantage de
violence. Nous avons la responsabilité de cultiver la paix en nous, dans nos
familles, dans notre travail, dans notre ville, dans notre pays, dans le monde.

La psychothérapie permet ça. La psychothérapie est un outil de restauration
de la paix en nous et à l’extérieur de nous. On ne va pas en thérapie juste
pour quelque chose qui nous arrive dans notre vie présente. On peut vraiment
aller en thérapie pour travailler des questions plus profondes, plus vastes,
des questions transversales aux individus et aux sociétés. Et la question de la
violence en est une. Nous sommes toutes et tous traversé.e.s par la violence.
Cela peut nous faire nous sentir de la honte. Alors utilisons cette honte comme
moteur pour changer. Ne taisons pas notre violence. Occupons-nous-en. La
violence, comme tout traumatisme, si elle n’est pas pensée, exprimée, se
reproduit de génération en génération. C’est un cycle infernal. Et cela génère
d’immenses souffrances. En Europe, nous portons encore les conséquences
traumatiques des deux guerres mondiales. Et à chaque conflit armé qui explose
et dont j’ai connaissance, à chaque guerre, à chaque massacre, à chaque viol, à
chaque migrant.e qui se noie ou qui est emprisonné.e, je ne peux m’empêcher de
penser l’horreur vécue et sa transmission. La perpétuation de l’horreur.

Nous sommes nombreux et nombreuses à vivre ou avoir vécu de la violence dans
nos vies. Et nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir la paix ici et
partout dans le monde. Pour les personnes que l’on aime et pour celles que l’on
ne connaît pas. Que faire pour le Brésil ? Que faire pour le Congo et la Syrie
? Que faire pour tous les pays en guerre ? Que faire pour les enfants
maltraité.e.s ? Que faire pour les adultes maltraité.e.s, par un.e manager,
un.e collègue, un compagnon ou une compagne ? Que faire pour soi ? A notre niveau, nous pouvons déjà commencer par nous prendre en main et regarder où est la violence en nous et dans nos vies. Grâce à la thérapie, nous pouvons cesser de banaliser la violence, de la normaliser, et quitter l’état de survie qui
lui est associé.

Clémence Le Prévost Petit - Gestalt Praticienne

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